Espradeaux : concertation affichée, décisions déjà prises


À la lecture de l’entretien accordé par M. le Maire de Velaux, Yannick Guérin à La Provence du 23/12/2025, le collectif Vallat souhaite apporter des éléments factuels et répondre à plusieurs affirmations qui interrogent profondément la réalité de la « démocratie participative » mise en avant.

1. Une concertation inexistante sur le projet des Espradeaux

Contrairement à ce qui est sous-entendu dans l’article, le collectif Vallat n’est ni apparu tardivement, ni né d’une réaction opportuniste ou politique.

Dès 2020, immédiatement après l’élection municipale, nous avons sollicité et rencontré M. le Maire au sujet du projet des Espradeaux.

Lors de ces premiers échanges, il nous a été indiqué que :

  • le projet était hérité de la mandature précédente ;
  • Il n’était pas soutenu politiquement par le nouveau maire. Néanmoins cela a été voté au conseil municipal du 17/12/2019 auquel il a participé.

Dans les faits, la suite a été tout autre :

  • la communication a été progressivement interrompue, malgré de nombreuses relances de notre part ;
  • la promesse de vente du terrain a été renouvelée à plusieurs reprises, sans information des riverains ni débat public. A ce stade, si la volonté de M. le maire n’était pas de continuer le projet, il aurait suffit de ne pas renouveler cette promesse de vente.
  • enfin, le projet a été présenté comme acté définitivement lors d’une séance publique en avril 2025, sans discussion préalable, sans alternatives, et sans réelle possibilité de contribution citoyenne (délibération du conseil municipal de Velaux le 12/10/2024 qui a été votée par la majorité).

Présenter aujourd’hui un tel processus comme un exemple de démocratie participative relève, au minimum, d’un contresens et, au pire, d’une réécriture des faits.

Il convient de noter que, dans une interview plus récente, M. le maire affirme qu’il s’agit d’un « projet porté par l’État ». Cet argument tendrait à laisser entendre qu’il ne disposerait d’aucune marge de décision dans ce dossier. Or, les faits montrent que son inaction, tout comme son accord tacite, ont systématiquement convergé dans une seule direction : celle de la réalisation de ce projet.

2. Un collectif citoyen n’est pas un parti politique

Nous sommes surpris par l’assimilation répétée de notre collectif à un « parti politique » (“presque devenu parti politique”).

Faut-il désormais considérer que toute expression citoyenne critique relève d’un engagement partisan ?

Le collectif Vallat :

  • n’a aucune étiquette politique ;
  • ne présente aucune liste électorale ;
  • rassemble des habitantes et habitants aux sensibilités diverses, unis uniquement par la défense d’un espace naturel et d’un cadre de vie.

Afin de lever toute ambiguïté, nous annoncerons prochainement une démarche publique et transparente consistant à interroger l’ensemble des listes candidates aux municipales de 2026, sans exception, sur :

  • leur vision de l’avenir du site des Espradeaux ;
  • plus largement, leur projet pour Velaux.

C’est précisément cela, la neutralité et l’indépendance citoyenne.

3. Logement : des chiffres qui interrogent

Dans l’entretien accordé à La Provence, M. le Maire évoque plus de 200 demandes de logements sur la commune pour justifier l’urgence du projet des Espradeaux.

Ce chiffre appelle toutefois plusieurs questions essentielles.

Le projet tel qu’il est présenté prévoit :

  • 28 logements sociaux ;
  • 28 logements privés, dont le prix annoncé par le promoteur avoisinerait 5 000 € / m².

Or :

  • la commune de Velaux est aujourd’hui en carence de 624 logements sociaux au regard de ses obligations légales ;
  • la création de seulement 28 logements sociaux ne permet en aucun cas de répondre à cette carence structurelle ;
  • l’ajout simultané de 28 logements privés conduit mécaniquement à maintenir le niveau de carence actuel, sans amélioration réelle de la situation.

Dès lors, plusieurs interrogations demeurent légitimes :

  • Comment ce projet répond-il concrètement aux besoins des ménages en attente d’un logement social ?
  • En quoi des logements privés à des niveaux de prix élevés sont-ils accessibles aux Velauxiennes et Velauxiens concernés par ces demandes ?
  • Ce projet ne risque-t-il pas, au contraire, de renforcer les déséquilibres existants sans traiter le fond du problème du logement social ?
  • Comment peut-on démolir un corridor écologique (Trame bleue, verte, noire) pour si peu de résultat et un prix de vente très bas (en dessous du prix réévalué des domaines)

4. Environnement et urbanisation : des garanties inexistantes

Il est également affirmé que le projet préserverait une large part du site naturel des Espradeaux.

Or, en l’état actuel des documents et des engagements formalisés, une majorité du terrain reste potentiellement constructible.
Dans une interview accordée à Radio France le 14 janvier 2025, M. le maire affirme que 65 % du terrain resterait boisé après les travaux et que des enquêtes faune-flore seraient réalisées. Ce pourcentage, revu à la baisse par rapport aux déclarations figurant dans l’article publié en décembre (70%), met en évidence la fluctuation des chiffres communiqués. Ces variations successives interrogent la crédibilité des engagements annoncés et soulignent l’absence de garanties claires et durables quant à la préservation réelle de ces espaces.

Une affirmation se glisse dans l’interview du 14/01 qui est pour le moins surprenante (“des enquêtes sur la faune et la flore seront réalisées”): comment prétendre évaluer sérieusement la biodiversité d’un site après en avoir déjà artificialisé une partie ? Et surtout, comment garantir que ce pourcentage ne sera pas revu à la baisse, dès lors qu’il paraît difficile d’imaginer qu’il puisse être réévalué à la hausse une fois les constructions engagées, quelles que soient les espèces découvertes a posteriori.

À ce jour, aucune garantie juridique, réglementaire ou contractuelle ne permet d’affirmer que ces espaces resteront durablement protégés. Le simple fait que les pourcentages annoncés varient d’une interview à l’autre révèle à la fois une méconnaissance du dossier et, possiblement, une volonté de calmer les esprits à l’approche des élections.

Si la seule assurance avancée repose sur une simple déclaration d’intention du maire sortant, assortie de pourcentages fluctuants de préservation de la nature, celle-ci ne saurait en aucun cas engager ni les futures majorités municipales ni les évolutions ultérieures du PLU. D’autant plu

Dans un contexte où :

  • une révision du PLU (PLU 4) est annoncée ;
  • la pression foncière est forte ;
  • le terrain appartient à un opérateur privé,

Cette absence de sécurisation interroge fortement la réalité des engagements environnementaux avancés.

Par ailleurs, l’argument consistant à justifier l’abattage massif des arbres par la réduction du risque incendie appelle lui aussi à être nuancé.

Oui, supprimer toute végétation réduit mécaniquement le risque de feu.
Mais poussé à l’extrême, ce raisonnement conduirait à une conclusion absurde : la meilleure prévention incendie serait l’absence totale de nature.

La prévention des incendies ne passe pas par la disparition des espaces naturels, mais par :

  • une gestion raisonnée des milieux ;
  • un entretien adapté ;
  • une réflexion globale sur l’aménagement du territoire.

Opposer protection de la nature et sécurité incendie relève d’un faux dilemme.

5. Démocratie participative : des discours aux actes

Les propos mettant en avant l’existence de réunions de concertation publique et de conseils de quartier contrastent fortement avec l’expérience vécue par de nombreux habitants. Car au-delà de l’existence formelle de ces dispositifs, c’est leur portée réelle et leur capacité à influencer les décisions qui sont en question, notamment sur des projets structurants engageant durablement l’avenir de la commune.

Nous posons donc une question simple et légitime :

l’avenir urbanistique de Velaux sera-t-il décidé par quelques-uns, ou construit collectivement avec ses habitants ?

Cette question est d’autant plus cruciale que :

Les Velauxiennes et Velauxiens découvriront-ils, une fois encore, des décisions déjà ficelées ?
Ou seront-ils enfin associés en amont, de manière sincère, transparente et contradictoire ?

Le collectif Vallat reste vigilant, constructif et déterminé.

Un trottoir n’est ni de gauche ni de droite, encore faut-il qu’il y ait de la place pour en avoir un de chaque côté.


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