Le permis de construire a été affiché le 3 avril dernier. Nous disposons donc d’un délai total de deux mois pour agir (3 juin).
Engager cette action implique toutefois des frais juridiques importants, que notre collectif ne peut assumer seul sans votre soutien.
À ce jour, nous remercions chaleureusement la quarantaine de contributeurs qui ont déjà participé à notre collecte :
https://fr.ulule.com/preservation-espradeaux/
Malheureusement, ces premières contributions ne suffisent pas. Entre les honoraires d’avocat et les éventuels frais complémentaires (expertises, procédures, etc.), nous estimons qu’il est nécessaire de provisionner au minimum 5 000 € pour mener cette démarche dans de bonnes conditions.
En parallèle, la mobilisation citoyenne se poursuit : la pétition lancée sur Change.org a déjà recueilli plus de 1 000 signatures :
https://www.change.org/p/sauvons-les-espradeaux-%C3%A0-velaux
Ce soutien est précieux, mais nous avons encore besoin de vous.
Chaque contribution financière, même modeste, compte pour défendre ce site.
Quelques éléments qui interrogent
Le projet et son coût réel pour la collectivité
Au-delà de l’impact sur le site, le montage financier du projet pose question.
Dans le cadre d’un Projet Urbain Partenarial (PUP), la commune s’est engagée à participer significativement au financement d’aménagements nécessaires, notamment sur le chemin de Marseille et les dispositifs de défense incendie.
Cela représente une contribution importante de la collectivité, alors même que la maîtrise d’ouvrage de certains travaux relève de la métropole.
Un projet de cette ampleur ne se limite pas à la construction de logements.
Il implique nécessairement :
- l’adaptation des réseaux d’eau potable
- le renforcement de l’assainissement
- la gestion des eaux pluviales
- l’évolution des réseaux électriques et de télécommunication
Or, le secteur concerné repose sur des infrastructures anciennes, peu dimensionnées pour accueillir un tel développement.
Un équilibre financier à clarifier
Le projet bénéficie de mécanismes fiscaux spécifiques, notamment liés au PUP et à certaines exonérations.
Ces dispositifs peuvent avoir des conséquences directes sur les recettes perçues par la commune.
Cela pose une question de fond : quel est le véritable bilan financier pour la collectivité ?
Autrement dit :
- combien la commune investit-elle réellement ?
- et quelles sont les retombées en retour ?
Logement social : une réponse marginale à un besoin massif
L’un des arguments avancés pour justifier ce type d’opération repose sur la production de logements sociaux.
Mais l’analyse des chiffres appelle à relativiser fortement cet argument.
Malgré plusieurs programmes réalisés ces dernières années, le déficit reste très important.
Les réalisations cumulées depuis 2016 n’ont permis de combler qu’une faible part des besoins. Il est à rappeler que la commune est en carence actuellement de 572 logements, les opérations précédentes ayant comblé cette carence de 52 logement. Or le projet offre 56 nouveaux logements, dont 28 sociaux. Il restera donc à la commune de payer une amende conséquente (380 000€ environ), sur les prochaines année.
Dans ce contexte :
- la contribution du projet des Espradeaux reste limitée
- elle ne représente qu’une fraction marginale des logements manquants
Plus encore : le montage global de l’opération conduit paradoxalement à maintenir, voire accentuer, le déséquilibre entre logements sociaux et non sociaux (à cause du 50% non-social, probablement voulu par le promoteur pour rendre l’opération rentable).
Cela amène à une question simple mais fondamentale :
ce projet constitue-t-il réellement une réponse pertinente aux enjeux de logement social, ou représente-t-il un coût disproportionné pour un bénéfice limité
Des chiffres qui interrogent
Ce projet est présenté par la municipalité comme répondant à une double contrainte : d’une part, le respect des obligations de la loi SRU, et d’autre part la volonté de permettre aux « jeunes Velauxiens » de se loger sur la commune (un article ici ou M. le maire Yannick Guérin réitère qu’il s’agit ici de lutter contre la pénalité SRU)..
Il précise également avoir réduit le programme initial — passé de 80 à 56 logements, dont 40 à 28 logements sociaux — afin de faciliter son acceptation par les habitants, améliorer son insertion paysagère et limiter son impact environnemental. Il indique enfin avoir introduit une part d’accession à la propriété pour permettre aux jeunes du village d’acheter.
Cependant, plusieurs éléments invitent à nuancer cette présentation.
D’une part, la répartition des surfaces reste en faveur de l’accession :
environ 2 600 m² pour les logements en accession contre 2 000 m² pour le logement social, soit un écart d’environ 600 m².
D’autre part, si l’on se base sur le prix annoncé par le promoteur lors de la réunion publique (autour de 5 000 €/m²) ainsi que sur la typologie des logements, l’adéquation avec l’objectif affiché de primo-accession apparaît limitée.
En effet, l’offre en accession se compose de :
- 0 T2,
- 3 T3,
- 21 T4,
- 4 T5.
On pourrait évaluer le niveaux de prix correspondants en fonction de la donnée de base du prix de vente au mètre carré:
- T3 : environ 320 000 €,
- T4 : environ 440 000 €,
- T5 : entre 600 000 € et 840 000 €.
Ces montants, associés à une majorité de logements familiaux de grande taille, semblent peu compatibles avec la capacité d’achat de jeunes ménages locaux, en particulier pour une première acquisition.
Dans ces conditions, on peut légitimement s’interroger sur la capacité réelle de cette offre à répondre aux besoins des jeunes Velauxiens.
Enfin, la partie accession représente à elle seule un chiffre d’affaires estimé à environ 13 millions d’euros, ce qui suggère une opération probablement économiquement très favorable pour le promoteur, d’autant que le terrain a été acquis pour 1,5 million d’euros (les Services des Domaines préconisaient 1.8M€, mais le conseil Municipal a retenu un prix de vente à 1,5M€, en anticipant la réduction de l’amende SRU, qui n’aura probablement pas lieu).
Ainsi, si la nécessité de répondre aux obligations de la loi SRU ne fait pas débat, la composition et le positionnement de la partie en accession interrogent quant à leur réelle contribution à l’objectif affiché de maintien des jeunes ménages sur la commune et la réponse aux besoins en logement sociaux.
Un projet pour l’intérêt général?
Au croisement des enjeux environnementaux, financiers et sociaux, le projet des Espradeaux soulève une question centrale :
- destruction d’un site historiquement préservé
- investissement significatif de la collectivité
- impact limité sur le déficit en logements sociaux
L’ensemble conduit aussi à s’interroger sur la cohérence globale de l’opération.
Par ailleurs, il est souvent avancé que les oppositions à ce projet relèveraient d’une logique consistant à refuser toute construction à proximité immédiate, sans considération pour les besoins du territoire.
Cette lecture est réductrice et peu honnête.
D’une part, il ne s’agit en aucun cas pour nous de remettre en cause la nécessité de développer des logements sociaux. Ce besoin est réel et reconnu.
D’autre part, la question posée ici dépasse largement le seul emplacement du projet. Elle porte sur la manière dont ces décisions sont prises et mises en œuvre.
Accepter que ce type d’opération soit décidé sans une évaluation globale, transparente et partagée, reviendrait à entériner des logiques d’aménagement descendantes, peu adaptées aux réalités locales.
Ainsi, si des projets similaires venaient à se reproduire ailleurs sur le territoire, les mêmes exigences devraient s’appliquer :
- cohérence financière
- pertinence des choix d’implantation
- respect des équilibres existants
- et réelle efficacité au regard des objectifs poursuivis
Il ne s’agit donc pas de déplacer le problème ni de freiner toute tentative de créer plus de logements, mais de poser des limites claires : celles d’un aménagement réfléchi, équilibré, et réellement au service de l’intérêt général.
Les Espradeaux ne sont pas un terrain ordinaire.
Ils constituent un espace inscrit dans l’histoire du territoire, porteur d’un équilibre ancien entre nature et activité humaine.
Le projet en cours ne se limite pas à une simple opération d’aménagement.
Il engage des choix durables, qui auront des conséquences à la fois sur le paysage, sur les finances publiques et sur la trajectoire de la commune.
Nous n’avons malheureusement pas pu avoir de contact direct avec la mairie, ni de dialogue constructif, seulement des déclarations relayées par différents articles de presse. C’est regrettable.
Pour autant, il reste possible d’agir collectivement et de construire un échange plus ouvert. La collecte en cours est aujourd’hui un levier concret pour se faire entendre et peser dans le débat. Elle constitue un moyen essentiel pour sortir de cette situation et permettre l’émergence d’une discussion transparente et partagée.
Plusieurs événements seront organisés en mai et juin afin de se rencontrer, d’échanger et d’approfondir ces sujets ensemble.
